The Beautiful Agony of Survival

India Stoughton - The Daily Star

BEIRUT: A brace of pheasants hangs from two thick leather straps, fastened around the birds’ necks. Their heads, which protrude from above the nooses, loll lifelessly, their curved beaks ajar. This marriage of beauty and death is one of 20 sculptures by British artist Emma Rodgers currently on show at Galerie Alice Mogabgab in Ashrafieh. In “Spiritus,” Rodgers uses the eternal archetypes and ideas encapsulated in Greek mythology as the basis for a series of works that explore the struggle of human and animal alike to survive against all the odds, and to struggle against pain or injustice.

Hares Bride - Emma Rodgers - Elaine Peto

“Spiritus,” the artist explains in her statement, means breathing, spirit or ghost, energy, and pride or arrogance – fitting words for an exhibition that features sculptures with such raw, disturbing power.

Working in a wide variety of media including ceramics, metal, wood, shells and feathers, Rodgers succeeds in conveying not just bodies but the life force that animates them. They may be crafted using a similar technique and materials, but there is a world of difference between the frantic nightingale and swallow, about to be torn apart by a bird of prey in Rodgers’ dark interpretation of a myth of Philomena, and the hanging forms of the two pheasants, empty shells from which all life has departed.

The sculptures directly inspired by Greek mythology include a vision of Sisyphus, his distorted, sickly body naked and vulnerable, dwarfed by the enormous black rock he is doomed to roll forever uphill. Icarus seals his doom with two spindly wings, lethal looking shards of wood like arrows, each wrapped in fabric and ornamented with a single white feather.

Beroe, the daughter of Venus and Adonis said to be born on the coast of Lebanon, is captured naked, save for a long white veil that falls from her shoulders to her feet. This delicate symbol of her intended marriage to Poseidon is offset by the pair of silver arrows that protrude from her breast, the violent expression of Eros’ claim to her heart.

The remaining works on show dwell on the will to survive, capturing animals and human alike engaged in a struggle against invisible forces – death, confinement, sickness and age. A dismembered bear appear to trundle onward, even as its body falls to pieces.

Crafted from bronze finished in a gorgeous array of rusts, greys and green verdigris, the animal is both beautiful and pitiful, its body cracked, its back legs messing, its front right paw lying detached from its body on the ground.

A hare, its body wasted, its ears laid back to its head in panic, is caught hunched, mid leap. Its ceramic face is a skull, its eye sockets empty and blind. The twist of the animal’s body and the rich gold details that decorate the fine edges of its ears again create a tension between the beauty of Rodgers’ work and then agony of her mutilated subject.

In a side room, lit by spotlights, a series of human figures on tiny podiums struggle to escape from the confines of nets, stretched tightly over their wasted forms. Pinched faces, bony limbs and spread-eagled fingers protrude from the fabric, stretching it into peaks and troughs.

These figures don’t share the sense of panic or raw emotional intensity of Rodgers’ animal forms but their claustrophobic composition links back to centuries-old imagery depicting figures trapped in purgatory, eternally doomed to struggle for an unattainable freedom. Rodgers’ work, with its focus on life and death, struggle, survival and forward motion, may not appeal to everyone.

It packs a powerful emotional punch, however, and the artist’s sensitive, balanced compositions coupled with her eye for arresting texture and subtle colour render her work undeniably beautiful to beyond.

Emma Rodgers’ “Spiritus” is up at Galerie Alice Mogabgab

L'Orient le Jour - Edgar Da Vidian

Née à Liverpool, exposant ses sculptures pour la première fois à Beyrouth à la galerie Alice Mogbgab, Emma Rodgers défie les matériaux et les (r)assemble avec énergie et grâce. Pour parler du triomphe de la vie dans le combat contre l'anéantissement, la décomposition et la mort.

À quarante et un ans, forte d'un talent fou, nantie d'un imaginaire débridé asservissant en toute souplesse matériaux de tous crins, Emma Rodgers, qui se prépare à faire la mascotte de l'équipe de foot de Liverpool, jette un caillou dans la nappe des eaux calmes. Ses œuvres (dix-huit pièces aux dimensions relativement moyennes) d'une facture puissante sont un authentique hommage à la force secrète qui anime et régit corps et esprit.

Sous le titre « Spiritus » (du latin respirer, vivre, mais aussi avec un glissement sémantique vers l'esprit et l'énergie), cette ronde des statuettes ramène en pleine lumière, sous les coups des râpes, des rifloirs, des ciseaux, des gouges et des maillets, avec des effets visuels saisissants et un appel sensuel au toucher, les ombres d'un monde animalier cruel, carnassier, combatif, doux. À côté de ce bestiaire joyeux ou mélancolique, se dressent aussi des personnages échappés aux mythes qui hantent nos quotidiens tels Sisyphe, Icare, Philomèle, Poséidon et Beroe.

Avec du bronze verni ou peint, de la porcelaine, de la céramique, des perles d'émail, des bouts d'assiettes cassées ou de bois, des rondelles de cuir, des chiffons, du papier mâché, une striure dorée au pinceau, des mixed media aux tons terreux ou sombres, dans un mélange savant et astucieux, la vie est donnée. Résurrection d'un univers guetté par les forces du mal, de la destruction, de la mort.

La vie avec son émergence de plis, replis et envol, en formes voluptueuses ou inquiétantes, en mouvements détendus ou crispés, est donnée à des bêtes qu'on traque, fuit ou domestique ou à des êtres jaillis des mythologies grecques qui ont nourri, depuis des millénaires, la réflexion des hommes de lettres et des philosophes.

D'abord ce bestiaire aux allures vivantes, faussement vitrifiées ou figées, en prise avec la part d'ombre et de prédateurs que la nature, immense mère aimante et nourricière, lâche comme par inadvertance pour garder la chaîne de la vie. Un paon solitaire à la queue époustouflante, non en roue mais à la baisse comme une traîne royale... Un chien qui jappe joyeusement dressé sur ses pattes arrière. Un ours au pas lourd dans son bronze léger et évidé. Un lièvre tordu de douleur dans sa course effrénée. Un sanglier chargeant droit, aux poils-clous hérissés.

Compagnons de route sont aussi ces chrysalides humains au blanc laiteux, comme les orques de Tolkien, prisonniers des tulles dont ils s'en dégagent furtivement. Tandis que Beroe, toute nue, transpercée au cœur de deux flèches, les jambes fuselées, offrant son sexe nu aux regards et au vent, attend, grâce à Neptune, son règne aquatique.

«Ovide», avec sa fabulation de «Philomela», évoquant viol et mutilation, a une représentation insolite mais frappante avec ce faucon aux ailes nerveuses et au bec en crocs rapaces devant deux rossignols qui ne se laissent pas démonter par tant de pugnace agressivité. Combat inégal mais dur, où le mal ne peut triompher, même quand on coupe les langues aux jeunes filles molestées, pour ne pas qu'elles dénoncent les horreurs qu'elles ont subies... «Icare», les bras tendus, le visage rongé par d'invisibles nuages, tente en vain un vol qu'il envie aux oiseaux du ciel.

Légères, comme portées par un vent secret, mues par des tensions vives, charriant une énergie inendiguable, explorant les rapports dynamisme et formes, les sculptures d'Emma Rodgers, troublantes par ce qu'elles exorcisent, n'ont rien à voir avec ce qui se fait habituellement. Elles transgressent allègrement toute notion de conformisme et insufflent une vie nouvelle à tout ce qui est matière inerte...

Galerie Alice Mogabgab, jusqu'au 20 janvier

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